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Terroristes : on recueille les échecs de la société (F. Van Leeuw)

31, Août 2016 by Philippe de Briey">Philippe de Briey in terrorisme     , ,   No Comments

Frédéric Van Leeuw, procureur fédéral : « Il faut penser à un système de repentis en Belgique ». par Jacques Laruelle et Julien Balboni, La Libre Belgique . EXTRAITS. « L’Etat islamique appelle à ne plus partir et à commettre des actes près de chez soi. Cela nous demande une nouvelle approche ».

Le procureur fédéral Frédéric Van Leeuw est en première ligne dans la lutte contre le terrorisme.

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Y a-t-il moins de départs vers la Syrie ?

Oui je confirme. Il n’y aurait pas eu de départ sur zone pour cette année 2016. Mais il faut voir ceux qui reviennent. Et n’oublions pas que l’Etat islamique appelle à ne plus partir et à commettre des actes près de chez soi. Cela nous demande une nouvelle approche.

Vous êtes procureur fédéral depuis 2014. Qu’est-ce qui a changé en matière de terrorisme ?

Il y a d’abord la quantité de personnes impliquées dans ces dossiers. On n’a plus affaire à quelques dizaines de personnes qui veulent se rendre en Somalie ou en Afghanistan. Cela se compte en centaines. La propagande a aussi changé. On est face à des gens extrêmement doués au niveau médiatique pour recruter, via les nouveaux médias. Le matériel est convaincant, très pro. C’est nouveau. Nous avons des personnes radicalisées derrière leur ordinateur, des personnes très jeunes, sans possibilité de contrôle parental, en lien avec le monde entier.

Cette menace terroriste est-elle là pour rester ?

Je n’ai pas de boule de cristal. Deux éléments influenceront la donne. Tant que le conflit en Syrie, en Irak, voire en Libye ne sera pas résolu, on risque d’être confronté à une menace haute. D’autre part, pourquoi des jeunes ayant grandi chez nous épousent à un certain moment ces idéaux ? Beaucoup se sont interrogés. Le dernier livre de Boris Cyrulnik est très intéressant à cet égard, avec son analyse du héros. On est un peu confronté à de grands adolescents qui ont des idéaux. Il y a l’idéal du chevalier pour les garçons et de la princesse pour les filles. L’Islam est souvent un alibi. L’Etat islamique a compris qu’il peut trouver des gens isolés, des jeunes qui n’ont pas les outils nécessaires pour analyser la proposition qui leur était faite. Ce sont souvent des jeunes en questionnement, qui se sentent marginalisés et qui, face à une solution proposée, la suivent aveuglément. Cela a un effet dévastateur sur des jeunes chez qui la transmission ne s’est pas faite au niveau de la cellule familiale. Ils vont chercher tout sur Internet sans demander à ceux qui sont venus avant eux.

La réponse va donc au-delà de la seule justice…

La justice a son rôle à jouer mais on recueille les échecs de la société. Pour sortir de cette situation, il faut se poser la question : comment travailler au vivre-ensemble ? Il faut apporter des réponses à ces jeunes. Comment gère-t-on ceux qui reviennent? Pour les « Foreign fighters », il y a un passage par la case prison mais dans notre pays, la prison n’est pas une solution définitive. Il faut soutenir ceux qui font un travail à long terme, que ce soit au niveau de la prévention ou de l’accompagnement. Dans nos dossiers terrorisme, nous avons des personnes qui ont été condamnées qui sont tellement paumées qu’elles viennent chercher de l’aide chez les policiers qui les ont arrêtés.

Le terrorisme nous force-t-il à vivre différemment ?

Oui, clairement, on perd de la qualité de vie avec l’augmentation des mesures de sécurité. Certains disent : « On ne doit pas changer notre façon de vivre. » Je ne suis pas d’accord. On doit réfléchir à la manière dont on voit certains quartiers, certaines catégories de population, pour éviter certaines frustrations et une forme de marginalisation, qui n’est pas qu’une question de pauvreté. Peut-être faut-il aussi se poser des questions à d’autres niveaux de pouvoir ? Notamment au niveau urbanistique, pour éviter des quartiers en manque de mixité, où une espèce de solidarité négative se développe. On a beaucoup parlé de soi-disant hostilité dans certains quartiers. Cela n’est pas nouveau : prenons la mafia à Naples. Cette solidarité négative ne veut pas dire que tout le quartier est mafieux ou salafiste. Cela veut dire qu’il y a une solidarité négative car les gens se sentent marginalisés. Cette solidarité négative peut se développer en solidarité positive.

En terrorisme, la clé est bien souvent l’information. Comment faire pour en obtenir davantage ?

Il faut améliorer notre position d’information. Il faut penser sérieusement à un système de repentis en Belgique. Cela apporte énormément. Les informations livrées par des repentis sont le seul outil qui a permis de lutter contre la mafia en Italie. En Belgique, nous avons un système pour les témoins protégés mais ils ne doivent pas être impliqués dans les faits. C’est une limite importante. En Italie, ils ont aussi des témoins protégés : ils en ont 80. Mais ils ont plus de 1 000 repentis. Les sources d’information sont primordiales en terrorisme, vu que les preuves matérielles sont assez rares. On l’a vu à Verviers : on avait l’information à temps. A Paris, on ne l’avait pas et on n’a rien vu venir.

Texte complet sur  http://www.lalibre.be/actu/belgique/frederic-van-leeuw-procureur-federal-il-faut-penser-a-un-systeme-de-repentis-en-belgique-57c484573570cbdd88606553